Synopsis: Un policier braque son arme sur un forcené, le neutralise et sauve ainsi la vie de son collègue. Ce brave homme est Georg, la quarantaine passée, père de deux enfants déjà grands, et mari aimant d'Anne, institutrice en école primaire. Derrière cette insertion parfaite se cache une zone d'ombre, Anne le bat...
Depuis l'an dernier, notamment depuis la sortie de La Vie des Autres, le cinéma Allemand semble plus présent dans nos salles obscures s'en étant suivis De l'autre côté et Le Perroquet Rouge entre autres. Ici le tout jeune réalisateur nous expose un tabou, celui de l'homme battu. Et pour ce faire, dans une interview accordée à Première ce mois-ci, il confiait l'envie qu'il avait eu de tourner avec « de vrais coups, [pour] ne pas tricher ». Et il faut bien avouer que la première scène de « lutte », qui intervient quelques dizaines de minutes après le début, a de quoi vous glacer le sang : Anne saisit son sac et frappe Georg à terre sans état d'âme.
Il nous montre une femme jalouse, brisée, reniée par ses enfants absents et au père étouffant (et de ce point de vue, il en met des tonnes, accentuant les traits de ce père de façon constante, le présentant comme un des moteurs de ces actes injustifiables, lui qui attend des « résultats », se foutant du social... Multipliant cet aspect dans bon nombre de scènes, nous le martelant: au bout d'un moment, on a compris ! Mais c'est très certainement la seule « erreur » que le jeune réalisateur d'outre Rhin commet), et un mari, qui à cause à sa promotion au poste de commissaire, va faire oublier les actes de sa femme dans l'esprit de ses beaux-parents, la dévaloriser (sans pour autant en avoir conscience).
Les deux personnages sont tous deux fascinants tant ils restent à la fin de la projection ni des archétypes, ni des originaux : si on peut expliquer certains de leur comportements, on de peut les comprendre entièrement. Georg semble totalement froid, placide, sans expression néanmoins aimant, et elle, impulsive, déprimée et aimante aussi qui voudrait avoir une place au sein de cette famille qui ne la comprend plus et une place dans la vie de Georg avec qui elle tente de communiquer en vain. Il en ressort que cette relation basée sur l'amour tout de même repose sur un accord assez malsain, lui encaissant les coups et se laissant faire, ne laisse pas le spectateur indifférent car totalement soumis, on tente de savoir si oui ou non il ne prend pas plaisir à sa façon. (« Tant qu'elle me frappe encore, elle m'aime/ tant que je le frappe encore je l'aime, il m'aime. Le jour où elle ne me frappera plus elle ne m'aimera plus ? »). Soumission qui tend à se confirmer dans les rapports même qu'il entretient avec ses collègues de bureau : il va jusqu'à essayer de convaincre le chef de la police d'offrir la promotion à un autre (sans scrupules) alors qu'il a de nombreuses dettes à épancher.
Le film, sombre dans le propos, s'avère aussi sombre dans l'image, révélant appartements et pièces sombres aux vieilles tapisseries, d'une ancienne époque (Cela se passe t-il en RDA ? On en sait rien, on le devine), parfois à la limite du glauque éclairés par des lampes, qui elles aussi, ne doivent pas dater d'hier. Le réalisateur met ici tout en ½uvre pour nous faire pénétrer dans une réalité crue et malsaine, qui du début à la fin, ne fait que fasciner, provoquer sentiments contradictoires à l'égard des deux personnages, ne fait que nous heurter mais aussi et surtout nous pousse à nous interroger et à ne pas rester passif... un Réalisateur Allemand est né.
******